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Jane Hervé, le gué de l'ange

poésie des images et des lettres

L’ĖNIGME DU DIABLE ROUGE

Source Jane Hervé, peinture de PBoy d'après Jan Matejko.
Source Jane Hervé, peinture de PBoy d'après Jan Matejko.

Source Jane Hervé, peinture de PBoy d'après Jan Matejko.

Qui est donc ce diable rouge dubitatif qui réfléchit au milieu de billets éparpillés, peint sur le mur de la rue Montmorency? Le voir surgir, si vivant, au croisement d’une rue du Marais m’est un ordre de mémoire. La peinture murale, signée PBoy et intitulée Stańczyk d’après Jan Matejko, renvoie à une histoire de la Pologne.

Une énigme s’esquisse sur ce mur qui accumule des indices et les fausses pistes de bric et de broc. Je les interprète ou les invente volontiers : la rue Montmorency ; les panneaux de signalisation Sens interdit (en rouge aussi) et de la présence d’enfants à la sortie d’école (en bleu, 18 à 22h) ; les graffitis ajoutés en onomatopées ou en surnoms Reps, Vega, Jobs, Kofup ;  l’ardoise du menu libanais posée au sol et à demi-masquée derrière le support du panneau ; un scan ; et le clou du clou…le panneau historique de la Ville de Paris… Un incroyable méli-mélo.

Mais surtout et avant tout, ce qui immobilise ma marche est cet incroyable contraste entre le déguisement carnavalesque du personnage et l’évidence réflexive de son intériorité. La qualité de l’œuvre, son évidence, invite  à fouiller cette représentation aussi insolite qu’un lieu d’archéologie. Qui est cet homme aux yeux ouverts, ouverts sur quoi ? Sur des zlotys ou des roubles envolés et dispersés? Qui et quoi ? Les questions tournent dans ma tête.

Le vrai Stańczyk

Le personnage que j’invente au hasard dans ma tête a existé. L’œuvre murale est la copie d’un vrai tableau (1). Il représente le bouffon d’une reine polonaise après la perte de Smolensk (1514, guerre lithuano-russe) aux conséquences si graves pour la Pologne. Or ce bouffon solitaire, au corps abandonné à son inquiétude pour l’avenir de son pays, est un homme de sagesse. Socratique ? Son visage aux yeux baissés le prouve par son intériorité. Le peintre originel Jan Matejko lui a carrément attribué son propre autoportrait (1862), façon de dire peut-être un choix politique. A droite en arrière, les invités de la cour royale insouciants et joyeux s’agitent lors de festivités organisées par la reine. Un contraste social et visionnaire du destin de ce pays qui vient de perdre la forteresse militaire de Smolensk au profit des conquérants moscovites !

                                                           *

Ainsi ce coin de rue m’a intuitivement plongé à la fois dans l’histoire réelle d’un pays et dans l’interprétation intrigante de PBoy. Reste une question : Pourquoi tant de billets de 100 zlotys ( ?) jetés au sol ? Reste une décision : J’amènerai Arthur, mon petit-fils, amoureux de cette culture des rues à son prochain passage à Paris. L’avenir est à moi !

Jane Hervé

 

  1. Le tableau de Jan Matejko fait partie de la culture nationale et du Musée national de Varsovie. Le bouffon Stańczyk est l'un des protagonistes de la pièce du dramaturge Stanisław WyspiańskiLes Noces. Il a également inspiré la chanson de Jacek Kaczmarski intitulée  Stańczyk.

 

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