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le gué de l'ange

le gué de l'ange

Jane Hervé, poésie des images et des lettres

La parole oubliée des vrais paysans

Photo du sud Aveyron

Photo du sud Aveyron

 

Et nous, les Zurbains ? SI nous pouvions  enfin entendre des voix autres que celles des intelllectuels compassés… Ecouter les voix trop rares sur les ondes de ceux et de celles qui, si souvent invisibles, remplissent pourtant nos estomacs de façon éthique et écologique. Celles des paysans ! Des voix troublantes avec des accents de rocaille, avec des sourires de prairies, avec des mots qui coulent comme des ruisseaux.  Tel est l’objectif de josef Ulla dans son  émission Dissonance  (1)  On y entend des paysans du sud de la France qui voient et vivent différemment (en bio, comme on dit). Il y a leurs mots, leurs silences, leurs doutes,  tous témoignent de leur amour de ce qui est plus qu’un métier mais un véritable choix de vie. « Ils ont « de la terre dans les cœurs »,  comme le chante Lilian Renaud.  Ils existent encore, ces paysans qu’on oublie trop (on en voit rarement à la télé !),  mais qui sont (ou essayent de l’être) anti-pesticides-fongicides-herbicides. Ce sont des vies si différentes, si méconnues et pourtant si fondamentales. Ils ont refusé et refusent l’agroindustriel, privilégient la qualité des sols, des productions  de viande et de lait mais  ausside leur propre vie. Eux, ils respectent notre avenir d’humain. Pour certains, c’est la liberté et la nature qui priment ; pour d’autres c’est la poursuite de l’œuvre familiale ou la recherche d’un équilibre entre l’attente du consommateur et les dures contraintes d’un métier qui a tant changé lors des dernières décennies. Ecoutons-les ces êtres qui en ont « ras le bol du béton et des néons qui brillent », Là aucun gamin ne s’éclate à l’alcool. Ils retournent à l’essentiel et vivent loin sur la colline. Là-bas, il n’y a pas de HLM cages à poules : dans les clapiers on met des lapins (chanson de Gilbert Lafaille).

J.H.

                                                                        ***

Renaud David  possède des brebis sur le Causse Méjean (Lozère). Il vise un idéal qu’il est en train d’atteindre : « Je préfère aller au fond des idées ». Après avoir tenté le travail social (soins palliatifs) et l’écologie, Renaud suit un module d’initiation à la vie pastorale. Il est berger à 24 ans à l’année (11 mois et demi sur 12), avant de monter un troupeau de 25 brebis. Avec d’autres bergers, il veut vivre dehors. Sa pastorale à lui ! Il trouve une ferme  « sursaturée » dans un climat rude avec des brebis laitières. Il comptait arrêter le lait et passer en viande. Il  est devenu éleveur, a des chèvres. Exit les laitières. Il construit un nouveau bâtiment. Financier très dur. Seul sur terre en 2013 - 2014. « J’ai des idéaux », persiste-t-il avant de passer au bio en 2015.  Il  trouve des alpages et élève des agneaux « à l’herbe » avec le lait de la mère. « Je rêve ici sauf 4 mois de  l’année pour transhumance ».  Ses brebis ne sont plus en bergerie, « elles sont naturelles ». Dans ses 60 ha, Renaud organise des rotations de céréales et fait du foin.  Il a dû acheter 100 tonnes de foin à cause de la sècheresse. Au printemps,  il aura 200 agneaux dans les prés. Le but de Renaud : rentrer du foin, conduire  les brebis dans le sud pour manger de l’herbe et passer ainsi « en plein air intégral». Tout à l’herbe et hors bâtiment. Il lui faut  9 ans pour transformer sa ferme. Malgré ses incroyables efforts, il précise : « Je vis sous perfusion de la PAC : 70% du CA vient de la PAC. J’aimerais passer sous 50% dû aux aides. Il se sait « aidé par les concitoyens français » et il en tire loyalement une éthique : « On doit répondre à la qualité de ce qu’ils consomment… »

 

 Emilie Bel, elle, est poussée par un sens aigu de l’appartenance familiale au monde paysan ! Elle a  d’abord travaillé dix ans en Ehpad auprès des personnes âgées, mais va rejoindre son frère pour travailler sur l’exploitation familiale (sud Aveyron) et continuer l’œuvre de son père à la retraite, un pionnier du bio en Aveyron. Là est l’avenir : « manger local, regarder ce qu’on mange, faire attention, ça peut faire repartir le bio et les petits agriculteurs ». La ferme à « dominante brebis » appartenait à son arrière-arrière grand-père.  Ils  travaillaient pour la fromagerie de Roquefort qui trouve  désormais « dur de  collecter le lait ! Ado, Emilie hésitait entre le médical et l’agricole. « La ferme, elle ne changera pas », a dit son « papa » qui la laisse expérimenter le social: « Puis je me suis lancée dans la ferme. Ce n’est plus de père en fils, mais en fille » ! Elle fait des études dans lycée agricole pour toucher ses aides. Seuls deux ou trois des quinze élèves ont déjà « le nez dans une ferme ».  Aujourd’hui « être agriculteur, c’est pas que conduire un tracteur ou faucher,  c’est aussi la gestion ». Elle choisit aussi le Bio option polyculture agriculture-élevage. Son "papa" était « le premier à se lancer  dans le bio» ici :« Si t’es pas rentable, tu peux couler » ! Aujourd’hui,  ils sont de plus en plus nombreux : « Il y a de l’avenir dans le bio ». Elle va donc remplacer le père et travailler pour la reprise avec son frère.  Emilie compte un an de formalité administrative et de RV avec la Chambre agriculture,  car elle demande les aides pour s’installer. Elle veut moderniser la ferme, « Moins costaud que (son) frère », elle prendra la relève le temps des vacances. Tous tiennent à une « qualité de vie » conciliant les périodes avec  beaucoup de travail, puis les étés plus calme, etc.. Elle est en accord avec frère sur leur vie personnelle et veut passer du temps en famille (son garçon, ses deux neveux).  Leurs conjoints les soutiennent moralement. Emilie précise : « On continue ce qu’a fait l’arrière grand-père. On est fier de se dire qu’on en est la 4ème génération, elle fonctionne toujours… Son père a deux enfants qui reprennent la ferme : « N’importe quel parent serait fier », conclut-elle.

 

Maxime Espinasse adolescent est encore dans un lycée agricole où on parle désormais de la conservation des sols, de faire attention aux produits chimiques. Depuis tout petit, il aime le contact des animaux et de la nature. Il va reprendre les rênes de la ferme familiale sur le Causse Comtal : c’est la quatrième génération à poursuivre le travail des ancêtres.  Le jeune Maxime aimerait que les fermes restent petites  et familiales, qu’elles fassent de la vente directe.  Cependant l’avenir est sombre car «  la ville approche, les habitations avancent et les champs se réduisent.

Son père Benoit lucide est aussi plus pessimiste : « On arrive à un point de non-retour. » Il est fier que la ferme perdure et que ce jeune suive, car il y  peu de reprise d’exploitation et une désertification des espaces. Ayant peu de voisins, se retrouvant seul, cela devient « compliqué pour l’entraide ».  Ainsi l’avenir en Aveyron ne va pas dans le bon sens. L’agriculture ne se fait pas  tout seul et subit le poids de la surcharge administrative et les pressions du «  monde médiatique ».  L’organisation est compliquée entre bovins viande et lait. Benoit veut continuer à «  limiter les entrants » : il a diminué de 80% les engrais chimiques, de 50% les pesticides. Chaque ferme a un potentiel et il faut être bien entouré car la solitude pèse, qu’il ne peut pas embaucher car ses revenus ne permettent pas de sortir un salaire. Donc « on se noie dans le travail et l’investissement » !

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  1. Emission du 15 octobre 2020, Radio Saint Affrique.

Ce texte est écrit à partir des interviews faites par Joseph Ulla. Merci à Michel de me les avoir transmis.

Site pour télécharger :

http://www.dissonances.ovh/paroles-de-paysan-ne-s/

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